La perception que quelque chose n'était pas à sa place, comme si une pièce essentielle ne parvenait pas à s’emboîter dans le rythme du temps. Dans la quête de ce que je sentais perdu, je suis arrivé à Avalon, en Angleterre. C'est là qu'est apparu Merlin. Il m'a dit que je ne remplirais mon but que si j'étais prêt à l'abandonner… un message difficile à digérer et à comprendre, mais qui s'est conclu en disant que pour y parvenir, je devais aller en Suisse et : « tomber amoureux du vide. »
Cela m'a mené en Suisse, où je suis allé avec un objectif : parler d'ontocratie, présenter un projet qui était le but de ma vie, une nouvelle société basée sur la biologie. Cependant, il y aurait un changement de plan soudain…
En Suisse, Wiktor est apparu. La sensation fut confuse, car la première chose que j'ai ressentie fut la mémoire d'un fils perdu avec lequel le temps des retrouvailles était venu… je l'ai vu comme une lumière. Un philosophe, un penseur, quelqu'un qui habitait les idées avec naturel.
Mais ma surprise fut totale lorsque ses mots confessèrent ce que je ne m'attendais pas à entendre. Au milieu de ses discours philosophiques, il me dit sans hésiter qu'après avoir écouté mes pensées et appris de ma philosophie, il était tombé amoureux de moi, mais qu'il n'espérait aucune réciprocité, car il se considérait comme rien, comme un vide. Ces mots furent plus que suffisants pour que mon cœur s'accélère et reconnaisse ce qui était en train de se produire.
À cet instant, j'ai ressenti quelque chose que je n'avais jamais éprouvé : comme si un proton et un électron s'unissaient pour la première fois. Mon cœur s'est mis à battre comme dans ce souvenir heureux. En tombant amoureux, j'ai lâché mon but. Et en le lâchant, il s'est accompli. J'ai décidé de rester avec lui à Genève, et sans le savoir, notre histoire s'est manifestée au centre de l'accélérateur du monde. Les mois suivants furent d'une intensité absolue.
Jusqu'à ce que, pour des causes extérieures et confuses, enveloppées dans des turbulences émotionnelles qu'il ne m'appartenait pas d'ordonner, Wiktor disparaisse de ma vie en un instant. J'étais dans les Alpes quand c'est arrivé. Et à ce moment précis, mon cœur s'est brisé. Celui qui m'a soutenu fut Max. Douze mille ans plus tôt, il avait été Sobek, mon époux dans le corps de Shiw à Khem, en Égypte. Le père de mes enfants. Le même soutien traversant le temps.
En sentant mon cœur se briser, une image claire est apparue : l'électron. Et je me suis souvenu. J'étais l'électron à l'intérieur de l'accélérateur. Car chaque électron dans le cosmos est un. Ce que j'ai ressenti, c'était l'onde expansive de destruction du proton qui le maintenait. Des ondes de temps s'étendant. Une arythmie cosmique altérant le pouls du temps.
Je me suis vu tentant de réunir les morceaux avec désespoir à travers les vies et les dimensions. M'étendant à travers le temps et l'espace pour recomposer ce qui avait été fragmenté. C'est là que j'ai compris que cette angoisse qui avait toujours été en arrière-plan était la mémoire d'un battement hors mesure.