Durant l’année 2025, j’ai commencé à comprendre que le serpent n’était pas seulement un symbole mythologique ou un archétype spirituel hérité de cultures anciennes. Le serpent est une structure réelle de la planète. Une géographie vivante. Un corps étendu dans l’espace.
Si l’on observe la Terre à travers ses grands mouvements telluriques, (failles, cordillères, plaques tectoniques) apparaît un parcours continu qui commence en Anatolie, traverse le Moyen-Orient, l’Iran, l’Asie centrale, l’Himalaya, la Sibérie, descend par le Japon, traverse le Pacifique, réapparaît en Amérique, descend par l’Amérique centrale, parcourt les Andes et se termine en Patagonie profonde, en Terre de Feu. Ce parcours dessine un serpent planétaire. Une colonne vertébrale.
Ce n’est pas une métaphore forcée. C’est le même principe de ce que nous appelons la kundalini dans le corps humain : une énergie qui monte et descend par l’axe central, activant des centres, des mémoires et des tensions. La planète a aussi un axe. Et cet axe, comme le nôtre, peut se désaligner.
Dans ce parcours, la région de l'Égée et de l'Anatolie fonctionne comme la tête du serpent. Non seulement par sa situation géographique, mais parce que s’y sont concentrés les langues, les mythes, les systèmes de pensée et les conflits qui ont façonné l'esprit collectif du monde. Depuis cette mer, l'Égée, se sont organisés des routes, des idées, des philosophies, des religions et des guerres. Comme si cet océan était un fractal du grand océan de la conscience humaine. Ce qui y a été pensé, dit et écrit a fini par conditionner la façon dont le monde a appris à naviguer dans son propre esprit.
À l'autre extrémité se trouve la queue. La base. Le point où tout le poids s’appuie. La Patagonie, et en particulier le sud profond, fonctionne comme le coccyx de la planète : les dernières vertèbres où repose tout l'axe. Ce n'est pas un hasard si de nombreuses cultures anciennes y ont situé des forces primordiales, des feux internes, des gardiens de la fin du monde. Quand la base se tend, tout le corps entre en compensation.
C'est pourquoi l'un des ancrages finaux de l'année a eu lieu à Neuquén. Non pas comme une destination touristique ou symbolique, mais comme un acte géomagnétique. Aller à la base du serpent était nécessaire pour redonner de la stabilité à un corps qui avait accumulé trop de tension en haut, trop de confusion dans la tête. Quand le coccyx est désaligné, tout le corps souffre. Quand la base ne soutient plus, l'esprit s'emballe, le cœur se surcharge et la conscience se fragmente. Il en va de même à l'échelle planétaire.